Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Ce que je sais

Open Spaces (11)

Peut-être avez-vous besoin de relire le chapître précédent ? Ou de lire l'histoire depuis le début ?

8h52. Comme d’hab, l’open space est désert; la faute au présentéisme qui sévit encore dans ce bon pays qu’est la France. Cela peut te sembler paradoxal mais c’est en vérité très simple : pour les cadres comme pour les putes, il est plus rentable de se montrer le soir. L’avancement, tant sur le plan financier que carriériste, s’obtient en papotant avec le chef off duty.

 

En quittant les locaux en même temps que lui, idéalement, sur son impulsion : “Ben alors, toujours là?” S’étonnera-t-il, taquin. Là, l’employé modèle feindra d’interrompre à regret une tâche qui l’avait tout à fait absorbé. “Oh, je n’avais pas vu l’heure, je voulais tellement finir de <Insérez ici une tâche absconse>”

 

Le chef, père de famille attendri devant son rejeton qui bafoue l’extinction des feux pour finir ses devoirs, proposera alors, faussement sentencieux : “Laisse donc ça pour demain, il faut savoir se détendre un peu!” (Oui de nos jours tout le monde se tutoie, manière de montrer qu’on fait tous partie d’une super bandes de potes qui se retrouvent chaque jour uniquement pour se fendre la poire huit heures durant.)

 

Le salarié perfectionniste évitera aisément ce chausse-trappe en répondant : “Oh, encore cinq minutes et j’ai terminé!”. Le boss, se dandinera d’une patte sur l’autre, ou posera avec désinvolture une fesse sur le bureau de son insatiable subordonné. (Il est primordial d’avoir ouvert un vrai document de travail à cet instant). “OK, je t’attend alors on prendra le bus ensemble!”. Il convient alors de cliquer un peu au pif, de supprimer une ou deux lignes, d’en ajouter une autre, puis de fermer toutes les fenêtres avec patience et application (au lieu de l’éteindre à la sauvage en maintenant le bouton).

 

Ensuite, on suit son bien aimé manager, on lui tient la porte, on l’écoute pérorer sur le carrelage de sa piscine, on s’intéresse, on questionne, on réclame des photos. Même si les chances qu’il le propose sont maigres, on se tient prêt à abandonner femme et enfants devant “Plus belle la vie” pour l’accompagner boire une mousse. Quand cela arrive, la promotion est “dans le pipe” comme il aime à le dire.

 

Ce cas d’école se décline bien sûr à l’infini : il y a ceux qui sont réellement “sous l’eau”, et qui, dotés d’une implacable conscience professionnelle restent pour réellement finir leur travail (ce ne sont généralement pas les plus promus). Il y a ceux qui arrivent exagérément tard pour décaler leur journée entière sans avoir à feindre. Ceux qui ne branlent rien jusqu’à 15h, ceux qui placent des réunions tardives exprès (quitte à les annuler si personne n’est dispo c’est l’intention, ou plutôt l’invitation Outlook qui compte). Il y a également les illusionnistes, de vrais arnaqueurs ceux-là! Qui ne sont pas prêts à sacrifier leurs soirées mais qui veillent tout de même à se rappeler aux bons souvenirs du chefaillon en programmant l’envoi de leurs mails à des heures indues.

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article