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Ce que je sais

Open Spaces (10)

Peut-être avez-vous besoin de relire le chapître précédent ? Ou de lire l'histoire depuis le début ?

Nous voici déjà dimanche soir, et je n’ai pas répondu à la question : en vrai, je suis fluctuant comme connard. Le week-end, par exemple, je fais relâche. Tu me diras, c’est un peu facile : le week-end je m’efforce de ne côtoyer que des personnes que j’apprécie. Et pour eux, je me plierais en quatre. D’ailleurs je suis même perçu comme un mec gentil et serviable, la bonne blague. Je t’arrête tout de suite, il n’est pas question d’hypocrisie, c’est juste que par un heureux mélange de bon goût, d’intelligence et de chance, mon entourage choisi évite de se complaire dans la fange du conformisme et de véhiculer tout un tas d’injonctions à la normalité et à l’intégration sociale (Sauf ma mère, mais elle, je lui pardonne).

 

Mais je suis consciencieux, je m’investie! Aussi je veille à me remettre dans mon personnage dès le dimanche soir, afin d’arborer fièrement les oripeaux du connard dès lundi 7h. Le fameux “blues du dimanche soir”, préquel du “blues du lundi matin”, m’aide vachement. Je pense au réveil qui m’arrachera à la nuit pour me jeter en pleine tachycardie dans l’aube d’une journée honnie. Je pense à mon vilain costard, qui me fait mourir de chaud et me prive de toute prestance en m’engonçant dans un rôle de pingouin anonyme : sois terne et tais toi! (“Comme tu es beau! Mon fils, un cadre!” dira pourtant Maman avec fierté, comme chaque matin). Je pense à tous ces pécores que je devrai bouter hors de mon chemin pour accéder au train, à tous ces turbineurs aigris qui seront mes rivaux dans la grande quête de l’obtention d’une place assise. A tous ces “cadres, enfants gâtés du système” que je retrouverai enfin à l’issu de mon interminable trajet, bien résolus à me vomir le récit inepte de leurs loisirs dominicaux. Et tout ceci, cinq fois répétés pour former une semaine. Et cette semaine type, répétée ad nauseam jusqu’à ce que je sois trop vieux, trop inefficace et donc inexploitable.

 

Ainsi s’écoule le dimanche soir. Dans l’aigreur et la dépression croissantes. Je m’endors péniblement vers 3h du matin pour avoir tout de même le temps de profiter de quelques cauchemars dans mon lit d’enfant, constellé d’autocollants Spiderman qui sont autant de preuve de l’inutilité des rêves.

 

A suivre...

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